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Saigneurs, un documentaire sur l’univers des abattoirs qui nous réconcilie avec l’Homme


SORTIE en salle le 01/03/2017 de SAIGNEURS de Vincent Gaullier et Raphaël Girardot
- Le SITE officiel

"La souffrance des hommes crie plus fort que les bêtes" ALLOCINE Lire

- Critique de Télérama

De Georges Franju (Le Sang des bêtes) à Frederick Wiseman (Meat), les documentaristes témoins de l’abattage industriel ont plutôt mis l’accent sur la souffrance animale, avec comme corollaire des bouchers pris pour des bourreaux lobotomisés ou d’horribles sadiques. Dans l’abattoir de Vitré (Ille-et-Vilaine), une centaine d’ouvriers débitent cinq cents bovins et mille quatre cents agneaux. Chaque jour. « Devant cette réalité, il est illusoire d’essayer de penser aux bêtes, la souffrance des hommes crie plus fort », affirment les réalisateurs, qui ont passé un an en bottes et tablier, à observer le personnel à tous les postes de la chaîne d’abattage. En ces temps de végétarisme galopant, au rythme des indispensables vidéos sanguinolentes de l’association L214, il ne s’agit pas d’opposer l’homme et l’animal sur l’échelle de la douleur, mais bien de rétablir un fait incontestable : les « saigneurs », comme tous les prolétaires de nos usines, subissent de plein fouet les cadences infernales d’un modèle néolibéral à bout de souffle, qui nie toute humanité. De part et d’autre du couteau.

- par Jérémie Couston

- La critique de La Croix

L’actualité des abattoirs liée à la maltraitance animale ne doit pas cacher la détérioration des conditions de travail des salariés de l’agroalimentaire. Quelle voie envisager pour une éthique du « bien vivre » qui donne sa place à l’élevage ?

Mieux appréhender la coexistence humaine et animale, un enjeu sociétal

- par William ÉLIE, administrateur Ami.e.s de la Conf’

Vivre avec les animaux, c’est se soucier des animaux sans oublier les hommes en reconnaissant l’espace commun qu’ils partagent sur notre planète. Nos vies sont intimement liées depuis les origines, les animaux ont façonné la condition humaine et ce n’est pas en ignorant la souffrance animale qu’on soulage celle des hommes. « Mieux vivre », c’est aussi intégrer les coûts sociaux des dommages environnementaux et sanitaires causés par l’industrialisation, en reliant condition animale et justice sociale. La question animale ne pose pas seulement des problèmes moraux, elle révèle les dysfonctionnements d’une organisation du travail et d’une économie dont les hommes sont aussi les premières victimes.

C’est devenu une question politique avec la place de l’éthique dans la prise en compte des « êtres sensibles », elle concerne tous les domaines de notre vie, de l’alimentation et de l’éducation au commerce et à l’industrie alimentaire. Parallèlement, la détresse actuelle des éleveurs contraints à un modèle de développement basé sur la productivité, celui des petits paysans expropriés par les grandes firmes agro-industrielles peut être mis en relation avec la violence sur les animaux (manifestations de cruauté sadique) qui révèle souvent une violence intra-familiale. Dorénavant, les animaux ont aussi des droits, le respect envers les bêtes ne retire pas des droits aux hommes.

Aujourd’hui la protection animale doit questionner également la condition humaine, celle des paysans, celle des ouvriers agricoles, salariés de l’agroalimentaire et par extension les signes contemporains de souffrance psychique. Chez les paysans, le mal-être est souvent lié à l’endettement, au manque de revenu, aux contraintes de travail et de la vie familiale. Dans le quotidien des ouvriers d’un abattoir, le travail comme en témoigne le film « Saigneurs » de V.Gaullier et R.Girardot, c’est une activité « pénible, dangereuse, sous-payée, précaire… » largement méprisée par notre société de consommation qui délègue le « sale boulot » aux prolétaires de l’agro-industrie.

La crise que vit le monde agricole témoigne de la faillite des politiques de développement agricole, d’un modèle intensif et de spécialisation des productions, du marasme de la profession agricole et du mépris à l’égard des salariés de l’agroalimentaire. Tandis que les ouvriers sont soumis aux cadences infernales du système industriel taylorisé, les éleveurs sont les premières victimes du stress, de la dépression, et le bien-être animal est « sacrifié ».

Les femmes et les hommes n’ont-ils pas droit au bien-être ?

Il revient à la communauté paysanne de redonner du sens à son travail et à la mission alimentaire de l’agriculture, et restaurer la conscience du lien patrimonial qui la relie à la terre nourricière et à la société en mutation.

La surcharge de travail, l’endettement permanent, le manque de reconnaissance, course au rendement pèsent sur la quotidien des paysans, les dysfonctionnements au sein du monde professionnel prolongent la dégradation des conditions de travail. L’exploitation animale s’accompagne aussi de l’exploitation humaine dans un contexte d’hémorragie de l’emploi agroalimentaire et de désertification des campagnes. En 20 ans, la France du productivisme, celle du « progrès mécanisé » a perdu 50% de ses paysans.

Les problèmes au sein des abattoirs témoignent des insuffisances de personnel et de formation, d’un manque d’efficacité des contrôles vétérinaires, de traçabilité des viandes et des risques sanitaires.

La coexistence animale et humaine trouve une continuité aujourd’hui avec nos préoccupations de modes de consommation et de limitation de consommation de viande. Elle s’accompagne d’une nécessité de retour de la confiance des consommateurs vis-à-vis de l’alimentation, l’amélioration de l’impact environnemental de la production agricole et le maintien d’équipements de proximité et d’intérêt général/public au service de filières d’élevage qui font vivre les territoires. En ces temps de crise économique (et de valeurs), de nombreux paysans victimes de mal-être (épuisement, isolement, difficulté de transmission...) ont recours aux circuits courts alimentaires et y trouvent une solution à leur problème personnel au contact du public.

Mieux vivre ensemble, c’est offrir des emplois et des revenus décents aux salariés du monde agricole, produire une alimentation de qualité nutritive et gustative accessible à tous, œuvrer à la transition écologique de l’agriculture en produisant de façon agroécologique grâce aux vertus d’une agriculture à visage humain qui fabrique de l’humus, fertilise les sols et considère ses animaux.


Publié le jeudi 2 mars 2017

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Conception Isabelle SUZANNE & Thierry CARRE
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