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Solidarité avec les paysans en difficultés

L’actualité de forte dépression agricole nous encourage à développer des solidarités auprès de celles et ceux qui défendent leur activité et la vie de nos territoires. Les situations sont tendues, retour sur des articles de presse et l’étude des "départs précoces en agriculture".

Soutenez avec nous Solidarité paysans, une association qui soutient les paysans en difficultés, pour accompagner et défendre les familles, préserver l’emploi des agriculteurs. L’état des lieux en 2016, révélé par l’étude "Départs précoces en agriculture/Analyse d’une situation peu connue" de Sylvie Filipe da Silva (ASP) confirme les travaux de l’organisation "Solidarité paysans", engagée dans l’accompagnement de celles et ceux qui font vivre des territoires menacés de désertification agricole et humaine.

Revue de presse avec les articles des Échos :
- Tous les trois jours, un paysan se suicide en France
- Un agriculteur sur trois gagne moins de 350 euros par mois

Tous les trois jours, un paysan se suicide en France

Stanislas Du Guerny Le 29/12 LES ECHOS

En 2010 et 2011, près de 300 exploitants ont mis fin à leurs jours. La Mutualité sociale agricole et l’État tentent d’y remédier.

Le drame de l’agriculteur est celui de l’isolement. Tous les spécialistes le constatent, les agriculteurs sont pleins de pudeur. « Ils masquent leurs difficultés. Ils ont honte de faire déraper une affaire souvent patrimoniale depuis des générations, ce qui les entraîne à des comportements parfois jusqu’au-boutistes », indique Raymond Vial de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture. Les chiffres sont sans appel.

Un rapport publié cet automne de Santé publique France (ex-Institut de veille sanitaire) et de la Mutualité sociale agricole met en évidence les chiffres des suicides dans le secteur. L’étude, qui porte sur 2010 et 2011 a constaté 253 décès par suicide chez les hommes et 43 chez les femmes. « La comparaison de la mortalité par suicide des agriculteurs exploitants à celle des hommes du même âge dans la population française a montré un excès de suicides de 20 % », indique le rapport.

Les classes d’âge les plus concernées sont celles de 45 à 54 ans. Le secteur laitier et l’élevage de bovins sont les plus touchés. « Cet excès de mortalité coïncide avec la temporalité des contraintes financières liées à la crise économique, juge le rapport. Ces dernières sont subies par le monde agricole depuis 2007, notamment pour le secteur de l’élevage bovin, particulièrement affecté. »

Plusieurs structures tentent de venir en aide aux agriculteurs avant qu’il ne soit trop tard. C’est le cas de l’Association des familles d’agriculteurs victimes du suicide. L’État et la MSA ont aussi créé Agri’Ecoute, où les appels d’agriculteurs en détresse sont gérés 24 heures sur 24 par SOS Amitiés et SOS Suicide Phénix. Au cours du premier semestre de 2016, les bénévoles d’Agri’Ecoute ont reçu 1.700 appels, soit 285 coups de fil par mois, contre 100 au cours de la même période de 2015.

« La situation se tend »

D’autres acteurs interviennent aussi. Solidarités Paysans se veut une association « tout à fait indépendante des créanciers et peut donc jouer un rôle de tiers pour faire se renouer l’indispensable dialogue entre les agriculteurs et les institutions comme la MSA ou les banques », explique son président, Patrick Bougeard. Chaque année, Solidarités Paysans accompagne 3.000 familles pour les aider à sortir de leurs difficultés. « Notre suivis’effectue au rythme de l’agriculteur, on est pleinement à son écoute. Jusqu’à présent, on arrivait à trouver une solution dans 70 % des cas, mais nous sentons que la situation se tend. Les résultats positifs sont plus difficiles à obtenir », précise Patrick Bougeard. L’association sait aussi faire du lobbying. Elle a récemment obtenu que les exploitants en redressement judiciaire puissent avoir accès aux aides à la trésorerie, ce que les textes ne prévoyaient pas du tout initialement.

Un agriculteur sur trois gagne moins de 350 euros par mois

Marie-Josée Cougard Le 12/10 LES ECHOS

En 2014, les agriculteurs étaient 18 % dans cette situation, selon la MSA. Le nombre d’appels au secours sur la ligne de prévention des suicides a explosé.

La situation des agriculteurs s’est considérablement détériorée ces derniers mois, selon la Mutualité sociale agricole (MSA). La résignation face à la crise s’est installée après les manifestations de l’été 2015. Selon les derniers chiffres de l’organisation de protection sociale, un agriculteurs sur trois déclarant ses revenus au réel, soit un total de 131.450 exploitants, a gagné moins de 354 euros par mois en 2015. En 2014, ils étaient 18 % dans cette situation. Dans le cas des salariés, on voit que le nombre de contrats de travail en cours est lui aussi en recul de 1,6 %. « Le régime agricole n’avait pas connu une telle baisse depuis 2010 », souligne la MSA. Les explications sont plurielles. L’organisme de protection sociale pointe « une conjonction de problèmes sanitaires (grippe aviaire, fièvre catarrhale ovine, pollutions chimiques), d’événements climatiques exceptionnels et de crises de marché », qui ont provoqué l’effondrement des prix et la chute des revenus. Qu’il s’agisse des chefs d’exploitation ou des salariés, les conséquences sont « graves parfois dramatiques », juge la MSA. D’abord économiques, « elles affectent l’entreprise dans son équilibre, dans sa viabilité à court et moyen terme ». Les plans d’aide, annoncés par le gouvernement au cours de l’été 2015 pour tenter d’endiguer les crises affectant les productions animales, porc, bovins et lait, n’ont rien empêché.

Tout au plus ont-ils freiné les naufrages. La MSA s’estime « en première ligne » pour la mise en place des mesures d’urgence face aux questions d’endettement. En 2015, les agriculteurs les plus en difficulté ont bénéficié de 140 millions d’euros d’allègement de cotisations sociales. La possibilité de reporter le paiement des cotisations a été renouvelée en 2016 et annoncée pour 2017 le 4 octobre par le Premier ministre, Manuel Valls, pour les exploitants en grande difficulté.

Trois fois plus d’appels au secours

La dégradation de la situation économique des exploitations provoque « découragement, repli sur soi, sentiment de dévalorisation et culpabilité », explique la MSA. Le nombre d’appels au secours d’agriculteurs ou de leur entourage à Agri’écoutes, la permanence de prévention des suicides, « a explosé en début d’année », selon Pascal Cormery, président de la MSA. Lors du premier semestre, Agri’écoutes a reçu 1.700 appels, soit près de 300 appels par mois. C’est trois fois plus qu’en 2015. Une question revient « Est- ce qu’on a vraiment besoin de nous ? » La MSA note que ce sont désormais souvent les épouses qui appellent pour leurs conjoints. « Lorsque les revenus ne rentrent plus, que l’endettement se creuse, l’homme n’ose plus appeler. Il se réfugie dans le travail et laisse les papiers, les échéances à son épouse. »

CONCLUSION de l’étude de Sylvie Filipe da Silva, Marie Clemente

- ASP Agence de Services et de Paiement 2016-

L’étude complète

Départs précoces en agriculture - Analyse d’une situation peu connue

Les départs précoces révèlent un malaise dans la profession, difficile à cerner. Parce que les départs sont souvent subis, ils témoignent des difficultés, crises, économiques ou sociétales du secteur agricole. Les causes de ces départs sont variées et entremêlées. Mais les conséquences sont surtout sociales. Les crises sont d’abord individuelles, humaines. Le nombre d’exploitants diminue, les installations reculent, la tendance à l’agrandissement des exploitations est de mise, agrandissement « nourri » aussi par les départs précoces.

L’agriculture a t-elle toujours un projet social ? L’isolement des paysans est manifeste, y compris lorsque nous observons nos politiques publiques : entre bien-être animal et bilan de santé de la PAC, quelle place, quel rôle et quel soutien pour celles et ceux qui s’engagent dans la voie agricole ?

Les départs précoces peuvent constituer un indicateur intéressant pour évaluer l’état de l’agriculture et les enjeux d’avenir, indicateur qu’il convient bien sûr de croiser avec bien d’autres aspects de l’activité agricole. Comment la profession agricole va t-elle s’emparer de ce sujet ? Nous avons fait le constat que les mesures d’aides, de prévention, d’accompagnement reculent. L’aide sociale prend le pas sur les politiques agricoles, avec 60 millions d’euros de RSA versés en compensation d’une absence de revenus issus d’un travail quotidien et harassant. Parallèlement à la crise économique, les changements du rapport au travail, des modes de fonctionnement familiaux, modifient la perception du métier d’agriculteur par ceux qui l’exercent.

« En ce sens, ces trajectoires semblent montrer, malgré leur diversité et les spécificités de l’agriculture, des convergences de plus en plus fortes avec d’autres secteurs, ceux du travail indépendant comme du travail salarié, interrogeant la « désagricolisation » des familles et la « défamiliarisation » des exploitations, en d’autres termes la référence au fonctionnement familial pour comprendre les transformations des exploitations et de l’emploi agricole. »

Comment des agriculteurs se maintiendront dans le futur, avec quels systèmes de valeurs ? Car si la famille est « désagricolisée », que les loisirs et les vacances sont si rares, que les revenus sont faibles, le travail laborieux, l’indépendance chimérique, la solitude pesante, et la reconnaissance sociale absente, quel sens pourra-t-il être donné à ce métier ? Les départs précoces ne risquent-ils pas de devenir la norme ? L’agriculture englobe des enjeux sociétaux aussi larges que l’aménagement du territoire, la conservation des paysages et des productions locales, la production de l’alimentation, ou encore la préservation de l’environnement. Le maintien de cette activité est un enjeu collectif de société.


Publié le jeudi 29 décembre 2016

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Conception Isabelle SUZANNE & Thierry CARRE
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