Qui sommes-nous ? Agir Ami.e.s Régions Adhérer Dossiers et Formations Lett'Info Faire un don Facebook
Photo
Bienvenue sur le site des Ami.e.s de la Confédération Paysanne

L’écolocène, une voie pour aborder la transition agricole et alimentaire

Robert Levesque signe un livre éclairant sur les nouveaux itinéraires possibles : "Terre et Humanité, la voie de l’écolocène" L’Harmattan
 > Recension de l’oeuvre

Poursuivant ses travaux du précédent ouvrage [1] concernant la sauvegarde des terres nourricières et le pillage des biens communs, Robert Levesque [2], tout en dénonçant l’imperméabilisation et l’extension urbaine qui dévorent les surfaces agricoles, nous transporte vers l’Écolocène. Celui d’un itinéraire de survie qui valorise les agro-écosystèmes de production durable et autonome qui tendent à la satisfaction des besoins humains et respectent la terre. L’Humanité vit à crédit dorénavant, au-dessus de ses moyens écologiques. La gestion des ressources naturelles est au centre de cette publication invitant à mieux appréhender notre avenir, celui de notre alimentation et des « Communs » pour sortir de l’emballement climatique. La sortie de cet ouvrage s’annonce comme une bouffée d’oxygène contre la marchandisation galopante de la nature dans un univers agricole financiarisé et vampirisé par le productivisme énergivore.

Depuis le 8 août, la Terre vit à découvert avec un crédit qu’elle ne pourra jamais rembourser. La dégradation de l’écosphère est souvent sous-estimée par les politiques, la coopération Terre et Humanité est pourtant essentielle pour la communauté de l’Écolocène, celle de la réconciliation de l’Humanité et de son milieu de vie, l’écosphère terrestre, car « nous appartenons à la Terre qui nous appartient » (Edgard Morin). Devant l’urgence écologique, sortir de l’impasse, sortir de l’Anthropocène est devenu un impératif vital, en effet, nous faisons partie de l’écosphère, chacun de nous en est locataire, l’activité humaine est devenue un acteur majeur de l’évolution de l’écosphère. Notre mode de vie est insoutenable. R. Levesque rappelle l’objectif de zéro m² de béton et de bitume supplémentaire et la priorité de la mise en place d’une agriculture durable.

Vers la transition agricole et alimentaire

 En rupture avec le néolibéralisme, l’auteur propose de remédier à cette crise de civilisation en sortant du déni, en faisant le deuil de la surconsommation et de la grande bouffe tout en réduisant les inégalités. Toutes les transitions, économique, écologique, sociale, démographique doivent viser les conditions d’un monde durable pour l’Humanité, celles de l’Écolocène. Préserver un climat viable pour l’Humanité conduit à intervenir sur le stock des énergies fossiles, le développement des économies d’énergie, celui des énergies renouvelables, le stockage de la matière organique des sols et de la végétation, l’activité agricole, forestière et la consommation alimentaire et toutes les activités émettrices de gaz à effet de serre.

Aujourd’hui, la biodiversité recule sous l’effet de l’imperméabilisation des sols avec le béton, le bitume, le compactage, la multiplication des coupures des milieux naturels...L’extension urbaine ampute un potentiel de production inextensible, la question de l’alimentation demeure centrale pour l’Humanité. La gestion des sols et de la végétation terrestres constitue un levier très fort dans la lutte contre le réchauffement climatique et donc pour l’offre de nourriture. Une grande partie de la production alimentaire repose aujourd’hui sur des ressources non renouvelables. Il ne s’agit pas d’investir seulement dans l’agriculture paysanne aux dépens de l’agro-business mais de répondre à un choix de société incontournable et au défi planétaire par une meilleure gouvernance des ressources communes.

Et passer d’une agriculture qui dépend de ressources minières (potasse, phosphate) à une agriculture écologique, durable avec une répartition plus équitable des ressources non renouvelables pour éviter guerres, conflits sociaux et mouvements de réfugiés climatiques. Des voies s’ouvrent cependant avec l’agroécologie, l’agriculture biologique, la permaculture.

R. Levesque souligne avec pertinence que le dérèglement climatique s’accompagne de la baisse de rendements agricoles et que l’offre alimentaire est soumise à l’évolution du climat. Parmi les préconisations reviennent les solutions agronomiques de rémunérer les paysans qui préservent et améliorent les fonctions des écosystèmes, de mettre en place des systèmes agroforestiers, d’augmenter la matière organique des sols en adoptant de nouveaux modes de cultures, et de recycler de la matière organique avec les éléments minéraux indispensables à la croissance des végétaux. Il recommande de permettre aux paysans d’accéder à un minimun de capital foncier et d’exploitation, et participer à la mise au point de systèmes viables, durables et résilients, et multiplier les modalités d’accès aux droits d’usages des terres, et de nourrir, par exemple les poissons avec des végétaux terrestres...

Pour vivre dans un monde apaisé et sortir de la tourmente environnementale, ne faut-il pas comme il nous le suggère s’impliquer dans la lutte de l’Humanité contre l’exclusion et la rivalité en exigeant que l’égalité en droits s’applique à l’accès et la répartition des ressources finies de l’écosphère ? Une agence mondiale de l’écosphère fondée sur une « charte de l’humanité » est envisagée en cohérence politique avec les agences locales, l’agence internationale aurait notamment autorité sur l’O.M.C [3]. En nous invitant au dépassement du capitalisme par la transition vers l’Écolocène, Robert Levesque nous accompagne sur le chemin de la lutte contre l’accaparement des terres via AGTER [4] et contre la dégradation de ce bien commun millénaire, garant de notre alimentation.

Frédéric Denhez [5], auteur de « Cessons de ruiner notre sol » (Flammarion) propose lui de revisiter l’empreinte écologique, « la technologie améliore les rendements agricoles, ce qui diminue l’empreinte, mais, de façon générale, accélère la stérilisation des sols, aggrave le ruissellement, affecte durement la biodiversité et les paysages, pollue les eaux et l’air… »

- William ÉLIE - http://lesamisdelaconf.org/

- 1-Terre nourricière, et si elle venait à manquer ? L’Harmattan
- 2- Ingénieur agronome, Terres d’Europe-Scafr (Société de conseil pour l’aménagement foncier rural), FNSAFER
- 3- Organisation Mondiale du Commerce (WTO)
- 4- ONG « Améliorer la Gouvernance pour la Terre, l’Eau et les Ressources Naturelles »
- 5- Journaliste, chroniqueur de France Inter (émission « CO2 mon amour »)


EXTRAITS

Démocratie alimentaire

" Il apparaît clairement que les équilibres alimentaires de l’humanité dépendent de nous tous. Ils ne dépendent pas que des producteurs loin s’en faut, ils dépendent de l’évolution de nos régimes alimentaires (plus de local, plus de saison, plus de produits frais, moins de produits congelés, moins de viande et moins de calories pour les repus), de nos émissions de gaz à effet de serre, des politiques d’aménagement, des politiques urbaines, de notre participation au recyclage, des éléments minéraux et de la matière organique, de de notre participation à la transition démographique. La question alimentaire renvoie aux nombreuses relations délicates entre l’humanité et le reste de la biosphère. La réponse à la question alimentaire concerne chacun d’entre nous. Ce n’est pas l’affaire des seuls spécialistes, paysans, agriculteurs, agronomes. C’est une question dont la solution passe par chacun d’entre nous individuellement et collectivement..."

SEMENCES historique et contexte politico-économique

"La sélection des plantes cultivées s’est opérée au sein de la biodiversité. L’homo sapiens a inventé l’agriculture en s’immisçant dans le processus de formation de la biomasse notamment en sélectionnant les plantes et les animaux. La sélection des plantes s’est opérée sur de longues périodes dans des micro-régions. Les variétés sélectionnées étaient adaptées à leur écosystème. Les paysans produisaient, sélectionnaient et échangeaient leurs semences entre eux. L’agriculture a fortement changé à partir du moment ou la sélection des plantes a cherché des variétés adaptables à un grand nombre de territoires. Les organismes producteurs de semences sélectionnées proposent des semences qui permettent aux paysans une augmentation des rendements. Ces derniers vont de plus en plus acheter fréquemment leurs semences. Avec les semences hybrides, maïs en tête, les paysans vont être obligés de racheter des semences chaque année et à ne plus faire leur sélection eux-mêmes. L’agriculture devient de plus en plus dépendante de firmes semencières. Une partie de ses fonctions à savoir la sélection des semences, passe progressivement sous le contrôle de quelques firmes semencières. Une nouvelle étape est franchie avec le développement des biotechnologies et avec le brevetage du vivant. Le brevet centré sur le gène permet à quelques grandes firmes internationales de s’approprier le vivant, du moins une partie. Le brevet permet d’interdire aux paysans de ressemer leurs graines notamment avec les OGM. Le cœur du vivant devient un bien accaparé au profit de l’agro-business qui vend des kits de cultures incluant pesticides en espérant contrôler la chaîne alimentaire…"

PRÉSENTATION des ESSAIS :

Terre et Humanité, la voie de l’Écolocène

Un futur meilleur, enviable, nous attend ; celui de la réconciliation de l’Humanité avec sa planète bleue, sa maison, son jardin. Aujourd’hui, nous savons que nous vivons au-dessus de nos moyens écologiques. Abandonnons notre société guerrière d’hyperconsommation. Rassemblons-nous pour ménager notre planète. Développons notre humanité en empruntant la voie de la réconciliation de l’Humanité avec sa Terre. Chemin passionnant sur lequel chacun d’entre nous est convié.


Terre nourricière, et si elle venait à nous manquer ?

 Aborder le sujet de la "Terre Nourricière", c’est parler de l’avenir de l’homme et de son alimentation. Pour résoudre le problème de l’alimentation mondiale, l’homme doit modifier extrêmement rapidement ses modes de consommation et de production en mettant fin au pillage des biens communs de l’humanité : le climat, la terre nourricière, les éléments minéraux non substituables, comme les phosphates et la potasse. Le danger le plus immédiat se nomme dérèglement climatique. Voici une invitation pressante à la vie prudente, honorable et juste, pour préparer "l’Ecolocène".


Publié le samedi 13 août 2016

Autre(s) Actualité(s) :

Conception Isabelle SUZANNE & Thierry CARRE
Facebook Liens amis   |    La confédération paysanne   |    Contact    Twitter